L’article original a ¨¦t¨¦ publi¨¦ sur le le 4 novembre 2019.

Partout dans le monde, la rue se mobilise pour manifester contre l¡¯accroissement du co?t de la vie et la mont¨¦e de l¡¯injustice, que celle-ci soit ressentie ou bien r¨¦elle. Ces femmes et ces hommes jugent que l¡¯¨¦conomie ne contribue pas ¨¤ am¨¦liorer leur qualit¨¦ de vie et, dans certains cas, ils ont raison. Tout miser sur la croissance, sans penser ¨¤ son v¨¦ritable prix et ¨¤ ses cons¨¦quences, entra?ne une catastrophe climatique, une perte de confiance dans les institutions et un manque de foi en l¡¯avenir.

Le secteur priv¨¦ a un r?le cl¨¦ ¨¤ jouerafin de r¨¦soudre ces probl¨¨mes. De nombreuses entreprises collaborent d¨¦j¨¤ ¨¦troitement avec l¡¯ONU pour b?tir un avenir plus stable et plus ¨¦quitable, fond¨¦ sur les objectifs de d¨¦veloppement durable. Ces 17 objectifs arr¨ºt¨¦s par les dirigeants du monde entier en 2015 visent ¨¤ lutter contre la pauvret¨¦, les in¨¦galit¨¦s, la crise climatique et la d¨¦gradation de l¡¯environnement et ¨¤ instaurer la paix et la justice d¡¯ici ¨¤ 2030.

Des progr¨¨s ont ¨¦t¨¦ faits depuis qu¡¯ils ont ¨¦t¨¦ adopt¨¦s il y a quatre ans. Les taux d¡¯extr¨ºme pauvret¨¦ et de mortalit¨¦ juv¨¦nile sont en baisse ; de plus en plus d¡¯hommes et de femmes ont acc¨¨s ¨¤ l¡¯¨¦nergie et ¨¤ un travail d¨¦cent. Mais, dans l¡¯ensemble, nous sommes ? : la faim augmente ; la moiti¨¦ de la population mondiale n¡¯a pas acc¨¨s ¨¤ l¡¯¨¦ducation de base et aux soins de sant¨¦ essentiels ; partout, les femmes se heurtent ¨¤ la discrimination et sont d¨¦savantag¨¦es.

La lenteur des progr¨¨s s¡¯explique en partie par le manque de financement. Les fonds publics ne suffisent tout simplement pas ¨¤ financer l¡¯¨¦limination de la pauvret¨¦, ¨¤ am¨¦liorer l¡¯¨¦ducation des filles et ¨¤ att¨¦nuer les effets des changements climatiques. Il nous faut des investissements priv¨¦s en compl¨¦ment, et l¡¯ONU s¡¯emploie ¨¤ les mobiliser en travaillant avec le secteur de la finance. C¡¯est un moment charni¨¨re pour le monde des entreprises et de la finance, et pour le lien qui l¡¯unit aux politiques publiques.

D¡¯abord, les entreprises doivent se doter de politiques d¡¯investissement ¨¤ long terme qui servent la soci¨¦t¨¦, pas seulement leurs actionnaires. Certains grands fonds de pension ¨¦liminent les combustibles fossiles de leur portefeuille : c¡¯est un d¨¦but. Plus de 130 ¨¦tablissements bancaires, avec 47 000 milliards de dollars d¡¯actifs, ont sign¨¦ les ?, en collaboration avec l¡¯ONU. Ces principes traduisent un engagement sans pr¨¦c¨¦dent des entreprises envers des strat¨¦gies align¨¦es sur les objectifs de d¨¦veloppement durable, l¡¯Accord de Paris de 2015 visant ¨¤ emp¨ºcher l¡¯¨¦l¨¦vation de la temp¨¦rature de la plan¨¨te et des pratiques bancaires qui cr¨¦ent une prosp¨¦rit¨¦ partag¨¦e. J¡¯engage vivement toutes les institutions financi¨¨res ¨¤ adh¨¦rer ¨¤ cette transformation.

Ensuite, nous trouvons de nouveaux moyens pour que le secteur priv¨¦ investisse dans la croissance et le d¨¦veloppement durables. En octobre, une trentaine de dirigeants de multinationales ont lanc¨¦ ¨¤ l¡¯ONU l¡¯Alliance mondiale des investisseurs en faveur du d¨¦veloppement durable?. De hauts responsables d¡¯Allianz et de la bourse de Johannesburg sont parmi ceux qui se sont engag¨¦s publiquement ¨¤ jouer le r?le d¡¯agent du changement dans leur entreprise et ailleurs. Ils soutiennent d¨¦j¨¤ de grands projets d¡¯investissement dans des infrastructures durables : ¨¦nergie propre et accessible en Afrique, en Am¨¦rique latine et en Asie et recours ¨¤ des instruments financiers innovants visant ¨¤ r¨¦unir des milliards de dollars au service de la s¨¦curit¨¦ alimentaire et de l¡¯¨¦nergie renouvelable. D¨¦sormais, ils s¡¯impliqueront encore davantage dans la mobilisation de capitaux en faveur du d¨¦veloppement durable en faisant le lien entre projets et investisseurs.

Je souhaite que tous les chefs d¡¯entreprise leur embo?tent le pas, qu¡¯ils investissent dans l¡¯¨¦conomie du futur : une croissance propre et verte qui cr¨¦e des emplois d¨¦cents et am¨¦liore les conditions de vie de toutes et tous ¨¤ long terme. Il faut aller plus loin, plus vite, si nous voulons obtenir les milliers de milliards de dollars dont nous avons besoin pour atteindre les objectifs de d¨¦veloppement durable.

Enfin, nous invitons les chefs d¡¯entreprise ¨¤ ne pas se contenter d¡¯investir et ¨¤ se mobiliser pour une transformation des politiques. Dans bien des cas, les entreprises montrent d¨¦j¨¤ la voie. La durabilit¨¦ est un bon investissement. Les consommateurs eux-m¨ºmes font pression. Un investisseur a qualifi¨¦ le ? de ? ph¨¦nom¨¨ne de masse ?. Mais l¡¯investissement du secteur priv¨¦ se heurte souvent aux subventions accord¨¦es pour les combustibles fossiles, qui ont pour effet de fausser les march¨¦s, et ¨¤ des int¨¦r¨ºts profond¨¦ment ancr¨¦s, qui favorisent le statu quo. De gros investisseurs, dont Aviva, mettent en garde contre le fait que les subventions aux combustibles fossiles pourraient nuire ¨¤ la comp¨¦titivit¨¦ de certains secteurs cl¨¦s, notamment ¨¤ l¡¯¨¦conomie sobre en carbone. L¡¯?tat est ¨¤ la tra?ne, il rechigne ¨¤ changer cadres r¨¦glementaires et politiques et r¨¦gimes fiscaux pourtant d¨¦pass¨¦s. Le reporting trimestriel d¨¦courage l¡¯investissement ¨¤ long terme. L¡¯obligation de loyaut¨¦ des investisseurs doit ¨ºtre revue pour tenir compte de consid¨¦rations plus larges li¨¦es ¨¤ la durabilit¨¦.

Les chefs d¡¯entreprise doivent user de leur vaste influence pour faire campagne en faveur de la croissance partag¨¦e et de la cr¨¦ation de d¨¦bouch¨¦s pour toutes et tous. Aucune entreprise ne peut se permettre de ne pas prendre part ¨¤ cet effort et tous les objectifs de d¨¦veloppement durable peuvent b¨¦n¨¦ficier des investissements priv¨¦s.

Investir dans le d¨¦veloppement durable ¨¦quitable, c¡¯est ¨¤ la fois bon sur le plan ¨¦thique et bon pour les affaires. Les chefs d¡¯entreprise peuvent faire toute la diff¨¦rence en forgeant un avenir de paix, de stabilit¨¦ et de prosp¨¦rit¨¦ sur une plan¨¨te en bonne sant¨¦.