Une deuxième visite de terrain, après celle effectuée au Nigéria en 2024.
Le Groupe informel d’experts des membres du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le climat, la paix et la sécurité (IEG CPS) a mené une mission de terrain informelle de six jours au Tchad, du 7 au 12 décembre 2025. Cette deuxième visite de terrain, après celle effectuée au Nigéria en 2024, s’est concentrée sur les défis multidimensionnels et spécifiques au contexte liés au climat, à la paix et à la sécurité dans le bassin du lac Tchad et dans l’est du Tchad.
La délégation, conduite par la Slovénie, co-dirigée par la Guyana et la République de Corée, et composée également du Danemark, de la France, de la Grèce, de la Sierra Leone et du Royaume-Uni, a tenu des réunions avec un large éventail d’acteurs. Parmi ceux-ci figuraient des représentants du gouvernement et des autorités locales, des organisations régionales telles que la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) et la Force multinationale mixte (FMM), des entités des Nations Unies, ainsi que des leaders de femmes et de jeunes, des chefs traditionnels et des organisations de la société civile.
Tout en reconnaissant l’ampleur des défis auxquels font face le Tchad et la région dans son ensemble, la délégation a souligné l’importance de solutions, de programmes et de mécanismes de financement sensibles aux conflits et au climat. La visite a réaffirmé l’engagement des membres du Conseil de sécurité à faire face aux risques sécuritaires liés au climat dans les contextes fragiles et à traduire les engagements internationaux en impacts concrets au niveau local, tout en renfor?ant la solidarité avec les populations vulnérables.
Dans l’ensemble, la mission a mis en évidence l’urgence de traiter le changement climatique comme un facteur de fragilité et un multiplicateur des conflits et de l’insécurité dans le bassin du lac Tchad, l’est du Tchad et le Sahel au sens large. Elle a également mis en lumière les opportunités de coopération régionale, d’approches innovantes et d’initiatives portées par les communautés afin de renforcer la résilience et de consolider la paix. Un engagement continu avec les acteurs locaux, les gouvernements et les partenaires internationaux demeure essentiel pour relever les défis interconnectés du changement climatique, des conflits et de la consolidation de la paix.
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Ce que nous avons observé au Tchad souligne la nécessité d’intégrer les considérations climatiques dans les réponses en matière de consolidation de la paix et de sécurité. Des solutions sensibles au climat sont essentielles pour prévenir l’escalade des tensions vers des conflits.

Des engagements de haut niveau en première ligne des enjeux climat, paix et sécurité
La délégation a rencontré le Secrétaire général du Ministère des Affaires Etrangères, de l’Intégration Africaine et des Tchadiens à l’Etranger, M. Djangbeye Guelngar Evariste, ainsi que des représentants des institutions étatiques ?uvrant sur les questions de climat, de paix et de sécurité. Les échanges ont porté sur les impacts hautement localisés du changement climatique et des conflits à travers le Tchad, ainsi que sur leurs implications sécuritaires différenciées.

Lors des réunions avec le Coordonnateur résident et humanitaire des Nations Unies, le Dr. Fran?ois Xavier Batalingaya, et les représentants des agences, fonds et programmes des Nations Unies opérant dans le bassin du lac Tchad, la délégation a été informée des efforts menés par l’ONU, en partenariat avec le Gouvernement, pour s’attaquer aux causes profondes d’instabilité et aux risques sécuritaires liés au climat.

Une table ronde avec le Directeur technique de la Commission du bassin du lac Tchad, M. Hycinth Banseka, a mis en évidence l’importance de la gestion transfrontalière des ressources en eau ainsi que des efforts en cours en matière de stabilisation, de relèvement et de résilience dans les zones affectées par Boko Haram. La délégation a également échangé avec le Commandant de la Force multinationale mixte, le Major Général Saidu Audu, qui a présenté les adaptations des opérations cinétiques et non cinétiques face à un contexte climatique en évolution.
Les voix locales au c?ur des enjeux climat, paix et sécurité
La délégation a en outre rencontré des organisations locales de la société civile travaillant sur la résilience climatique, la transhumance, la prévention des conflits entre agriculteurs et éleveurs, la médiation et la consolidation de la paix aux niveaux sous-national, national et régional. Ces échanges ont souligné le r?le central des solutions portées localement et sensibles aux conflits, avec une implication clé des femmes, des jeunes et des chefs traditionnels dans la médiation, la consolidation de la paix et la résolution des conflits au niveau communautaire.
Lors de l’ensemble des échanges, les parties prenantes ont insisté sur l’importance de l’éducation et de la formation professionnelle des jeunes et des femmes comme fondements de moyens de subsistance durables et comme mesure préventive contre le recrutement par des groupes criminels et armés.
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Les communautés du bassin du lac Tchad sont en première ligne de la crise climatique. Le renforcement de la résilience, en particulier pour les femmes et les jeunes, est essentiel pour maintenir la paix et prévenir des futures instabilités.
Observer de près les impacts climatiques : l’est du Tchad
Une visite de terrain de trois jours à Goz Beida, dans la province du Sila, a permis d’observer directement les impacts localisés du changement climatique sur la paix et la sécurité dans l’est du Tchad. La délégation a rencontré le Délégué Général du Gouvernement de la province du Sila, M. Sadick Siboro Dinga, le Comité provincial d’action ainsi que le Maire de Goz Beida, M. Abdelmadjid Hassan Abbo. Les discussions ont porté sur les pressions simultanées liées aux déplacements de population et au stress climatique, la montée des tensions intercommunautaires et la concurrence autour des ressources naturelles entre communautés h?tes et réfugiées.

La délégation a aussi visité le camp de réfugiés de Zabout, qui accueille plus de 50 000 réfugiés fuyant le conflit au Soudan voisin. Les participants ont constaté des besoins humanitaires aigus et les effets cumulatifs du changement climatique, notamment l’insécurité alimentaire, la pénurie d’eau et les déficits en infrastructures. Les visites de projets pilotes de résilience — notamment des solutions de cuisson propre, des initiatives de reboisement, des vergers communautaires et des marchés d’entrepreneuriat dirigés par des femmes — ont illustré des approches favorisant l’inclusion conjointe des communautés réfugiées et h?tes.

Une région sous pression : climat, déplacements forcés et fragilité
La mission s’est déroulée dans un contexte de préoccupation croissante face aux effets déstabilisateurs du changement climatique sur la sécurité et le développement. L’exposition accrue aux inondations, aux sécheresses et à la désertification — combinée à l’instabilité politique, aux conflits armés dans les pays voisins, aux pressions humanitaires et à l’extrémisme violent — a fait de la région l’une des plus fragiles au monde.
Dans l’est du Tchad en particulier, l’intensification des chocs climatiques, les déplacements massifs de population et les tensions intercommunautaires autour des ressources naturelles exercent une pression sévère sur les communautés et les institutions. Depuis avril 2023, l’arrivée de plus de 1,4 million de réfugiés, de personnes déplacées internes et de retournés, principalement en provenance du Soudan voisin, et dans une moindre mesure de la République centrafricaine et de la Libye, a aggravé la pression sur des ressources déjà rares, exacerbé les tensions sociales et affaibli les capacités de gouvernance, mena?ant d’annuler les acquis en matière de consolidation de la paix et de développement.
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Des réponses efficaces aux risques sécuritaires liés au climat doivent relier l’action humanitaire, le développement et la consolidation de la paix. Investir précocement dans la résilience et une gouvernance inclusive sauve des vies et réduit l’instabilité à long terme.
De l’observation à l’action : objectifs et partenariats
L’objectif de la mission était d’observer les impacts localisés du changement climatique sur la paix et la sécurité et leurs implications pour la stabilisation, l’action humanitaire, la médiation, la consolidation de la paix et le développement durable. Elle visait également à faire le point sur les recommandations issues des travaux des Nations Unies, des organisations régionales et des autorités nationales, en adoptant une approche spécifique au contexte du bassin du lac Tchad et de l’est du Tchad.
La mission a également mis en lumière l’ampleur des partenariats soutenant la consolidation de la paix sensible au climat au Tchad, notamment la coopération avec la Commission du bassin du lac Tchad sur la gestion transfrontalière des ressources naturelles et la mobilité pastorale, des initiatives conjointes avec le Fonds pour la consolidation de la paix (PBF), le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Programme alimentaire mondial (PAM), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), reliant la réponse humanitaire à la résilience à long terme, ainsi que des partenariats avec la Banque mondiale et la Banque africaine de développement soutenant des infrastructures et des financements résilients au climat. Les participants ont également re?u une présentation sur l’Initiative de la Grande Muraille Verte, soulignant son r?le dans la lutte contre les facteurs de conflit liés au climat, conformément à l’agenda Climat, Paix et Sécurité.
La mission a démontré comment le système des Nations Unies, à travers le Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (爆料网OCA), le Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (爆料网OWAS), les département des Affaires politiques et consolidation de la paix et des Opérations de paix (DPPA–DPO), le Mécanisme de sécurité climatique des Nations Unies (CSM) et le Bureau du Coordonnateur résident au Tchad, en collaboration avec des partenaires régionaux tels que la Commission du bassin du lac Tchad, a renforcé son engagement sur les risques liés au climat en matière de paix et de sécurité. Les participants ont également bénéficié d’une présentation sur l’? Initiative Climat, Paix et Sécurité dans l’est du Tchad ? par le Conseiller Climat, Paix et Sécurité de l’爆料网OCA, mise en ?uvre dans le cadre du Mécanisme de sécurité climatique.
La mission a été accompagnée par le Conseiller Climat, Paix et Sécurité de l’爆料网OCA, le Dr Mabaye Dia; la Conseillère Climat, Paix et Sécurité de l’爆料网OWAS, Mme Tanya Merceron; Conseiller Climat, Paix et Sécurité auprès de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT), Dr. Elvis Paul Nfor Tangem; le Conseiller paix et développement au Bureau du Coordonnateur Résident des Nations Unies, M. Mohamed Ag Alhousseini, ainsi que Mme Judith Kn?pfli et M. Emmanuel Bureau Morgode; et Mme Laura de Wulf, Chargée associée des affaires politiques à l’?quipe Afrique centrale des Départements des affaires politiques et de la consolidation de la paix et des opérations de paix (DPPA–DPO).
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